Hippodrome de Constantinople : l'antique piste de chars d'Istanbul
Autrefois cœur battant de la vie civique byzantine, l'Hippodrome de Constantinople est aujourd'hui la place de Sultanahmet, un espace public ouvert encadré par trois monuments antiques exceptionnels. L'entrée est gratuite, le site ne ferme jamais, et le sol sous vos pieds se trouve à plus de deux mètres au-dessus de la piste romaine d'origine.
En bref
- Emplacement
- Place de Sultanahmet (At Meydanı), quartier de Fatih, Istanbul
- Accès
- Tramway T1 – arrêt Sultanahmet (2 minutes à pied)
- Temps nécessaire
- 30 à 60 minutes pour la place ; comptez une demi-journée en combinant avec les sites voisins
- Coût
- Gratuit – place publique, aucun billet requis
- Idéal pour
- Passionnés d'histoire, architecture, photographie, premiers visiteurs à Istanbul

Qu'est-ce que l'Hippodrome de Constantinople ?
L'Hippodrome de Constantinople compte parmi les plus anciens grands espaces publics encore utilisés au quotidien dans la ville. Sa construction débute sous l'empereur romain Septime Sévère au début du IIIe siècle ap. J.-C., avant d'être considérablement agrandie par l'empereur Constantin le Grand vers 324 ap. J.-C., lorsque celui-ci fait de Constantinople la capitale de l'Empire romain. Pendant plus d'un millénaire, il constitue le centre politique, sportif et cérémoniel de l'une des villes les plus puissantes de l'Histoire.
Le site est aujourd'hui officiellement connu en turc sous le nom de Sultanahmet Meydanı ou At Meydanı (la Place des Chevaux). Le périmètre rectangulaire de la place de Sultanahmet suit directement le plan au sol de l'ancienne piste. La surface de course d'origine se trouve à plus de deux mètres sous le niveau actuel du pavé, mais la forme allongée de la place rend l'échelle de l'Hippodrome lisible pour quiconque sait ce qu'il cherche.
Le site constitue le cœur à ciel ouvert de la péninsule historique d'Istanbul. Deux minutes de marche dans n'importe quelle direction, et vous vous retrouvez devant la Mosquée Bleue ou devant Sainte-Sophie. Peu de places dans le monde sont encadrées par deux monuments d'une telle envergure, ce qui explique en partie pourquoi l'Hippodrome mérite bien plus de temps que la plupart des visiteurs ne lui en accordent.
💡 Conseil local
L'Hippodrome est gratuit et ouvert 24h/24. La plupart des visiteurs le traversent en quinze minutes. Arrivez entre 7h et 8h du matin, quand la place est presque déserte, la lumière chaude et rasante, et que les obélisques projettent de longues ombres sur les pavés. C'est à cette heure que l'échelle et le silence du lieu font vraiment leur effet.
Les monuments encore debout sur la spina
Dans un hippodrome en activité, la spina était la longue barrière centrale courant au milieu de la piste, autour de laquelle les chars effectuaient leurs tours. Trois structures antiques qui ornaient autrefois cette épine dorsale ont survécu sur place, et comprendre chacune d'elles transforme la place : ce qui semblait être une agréable piazza devient quelque chose de véritablement extraordinaire.
L'Obélisque de Théodose
L'objet le plus saisissant de la place est un obélisque en granit rose, taillé dans l'Égypte antique vers 1450 av. J.-C., sous le règne du pharaon Thoutmôsis III. Il fut acheminé d'Égypte à Constantinople au IVe siècle et érigé par l'empereur Théodose Ier en 390 ap. J.-C. Les inscriptions hiéroglyphiques sur ses quatre faces célèbrent les victoires militaires de Thoutmôsis III à Karnak. L'obélisque repose sur un socle en marbre sculpté orné de bas-reliefs représentant Théodose assistant à des courses de chars depuis la loge impériale, recevant des tributs et présidant des cérémonies. Ces sculptures comptent parmi les exemples les mieux conservés de l'art impérial romain tardif — et elles sont là, à hauteur des yeux, sans protection, entièrement visibles de près et gratuitement.
La pierre a environ 3 500 ans. Prenez le temps d'y penser. Le pharaon qui l'a commandée vivait environ 900 ans avant la fondation de Rome.
La Colonne des Serpents
Quelques mètres plus au sud se dresse une colonne en bronze formée de trois serpents entrelacés. Il s'agit de la Colonne des Serpents, fondue en 479 av. J.-C. pour commémorer la victoire des cités grecques sur l'Empire perse à la bataille de Platées. Elle se trouvait à l'origine à l'Oracle de Delphes avant d'être transportée à Constantinople par Constantin. Les têtes de serpents ont pour la plupart disparu (l'une d'elles est exposée aux Musées d'archéologie d'Istanbul), mais le fût en bronze torsadé conserve une énergie spiralée que les photographies ne restituent pas tout à fait. En laissant glisser le regard du bas vers le haut, l'entrelacement est d'une précision surprenante pour un travail en bronze vieux de 2 500 ans.
L'Obélisque muré
À l'extrémité sud de la place, l'Obélisque muré (également appelé Obélisque de Constantin) est une structure plus grossière et plus massive, construite en blocs de pierre. À l'origine recouvert de plaques de bronze doré, il fut dépouillé lors de la quatrième croisade en 1204, quand les forces croisées mirent à sac Constantinople et pillèrent ses trésors. Ce qui subsiste est le noyau en maçonnerie, qui atteint encore environ 30 mètres de hauteur, et qui reste reconnaissable comme un monument qui scintillait autrefois. Sa surface usée raconte une histoire bien différente de celle du granit égyptien taillé avec précision qui se dresse à ses côtés.
La Fontaine allemande
À l'extrémité nord de la place, la Fontaine allemande est une structure octogonale à baldaquin néo-byzantine, offerte par l'empereur Guillaume II au sultan Abdülhamid II en 1901, en souvenir de la visite d'État de l'empereur allemand à Istanbul en 1898. La coupole intérieure est couverte de mosaïques dorées. Elle marque visuellement l'entrée nord de la place et mérite un coup d'œil sous le baldaquin, surtout par temps ensoleillé, quand les tesselles captent la lumière.
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Comment la place évolue au fil de la journée
En début de matinée, entre 7h et 9h environ, l'Hippodrome appartient à quelques riverains qui promènent leur chien, aux agents municipaux et au voyageur lève-tôt occasionnel. Les pavés sont souvent humides de rosée pendant les mois frais. Le premier appel à la prière de la Mosquée Bleue retentit avant l'aube, et tôt le matin, le quartier conserve encore une forme de sérénité qui disparaît totalement passé 10h.
À partir de la mi-matinée, les groupes de touristes arrivent en vagues. Dès 11h, la place se remplit rapidement, les groupes accompagnés de guides se massant autour des obélisques. L'affluence est la plus dense dans les heures précédant et suivant la prière du midi à la Mosquée Bleue. Si vous cherchez à photographier les reliefs du socle de l'Obélisque de Théodose sans trente personnes dans le cadre, c'est le mauvais créneau.
En fin d'après-midi, vers 16h-18h, la foule se raréfie à nouveau et la qualité de la lumière s'améliore considérablement. L'obélisque égyptien est orienté est-ouest de façon à capter le soleil chaud de fin de journée. Le soir venu, les vendeurs de thé, les familles des quartiers voisins et une atmosphère nettement plus locale prennent le relais au départ des cars de touristes. La place est éclairée la nuit, et les obélisques prennent une toute autre allure sous la lumière artificielle, même si les fins détails du socle de Théodose sont plus difficiles à lire.
ℹ️ Bon à savoir
Photographie : les reliefs du socle de l'Obélisque de Théodose sont orientés dans les quatre directions. La face ouest, représentant l'empereur dans la loge impériale, est la plus détaillée. Pour un cliché sans foule, venez avant 9h ou après 17h. Un objectif grand-angle est utile pour l'Obélisque muré, qui est plus haut qu'il n'y paraît sur les photos.
L'histoire sur laquelle vous marchez
Pendant plus d'un millénaire, c'est ici que se décidait le sort des empires. L'Hippodrome n'était pas simplement une enceinte sportive. C'était le principal lieu de rassemblement de Constantinople, où l'empereur se montrait à son peuple, où les rivaux politiques étaient exhibés dans la défaite, et où le mécontentement populaire pouvait dégénérer en rébellion. La révolte de Nika en 532 ap. J.-C., l'une des insurrections urbaines les plus meurtrières de l'histoire, trouva son épilogue ici, lorsque les forces de l'empereur Justinien massacrèrent des dizaines de milliers d'émeutiers à l'intérieur même de l'Hippodrome. Certaines estimations historiques avancent le chiffre de 30 000 morts sur la place au cours de ce seul événement. La capacité du site est évaluée entre 40 000 et 100 000 spectateurs, selon les sources. Pour en savoir plus sur la couche byzantine d'Istanbul, le guide de l'histoire byzantine d'Istanbul offre un contexte précieux.
Après la conquête ottomane de Constantinople en 1453, l'Hippodrome continua de fonctionner comme espace public. Les Ottomans l'appelèrent At Meydanı, la Place des Chevaux, et s'en servirent pour des fêtes, des processions et des manifestations publiques. Les grands monuments de la spina furent préservés, ce qui explique leur survie alors que des structures comparables à Rome et ailleurs furent démontées pour servir de matériaux de construction.
Le sac de Constantinople par la quatrième croisade en 1204 causa des pertes catastrophiques pour la décoration de l'Hippodrome, notamment les célèbres chevaux de bronze de Saint-Marc, emportés à Venise et visibles encore aujourd'hui au-dessus de l'entrée de la basilique Saint-Marc. La spoliation du revêtement en bronze de l'Obélisque muré remonte à la même période. Le guide de la péninsule historique retrace la façon dont ces strates d'empire se superposent dans le quartier environnant.
Visite pratique : quoi faire et dans quel ordre
Arrivez à l'extrémité nord de la place, près de la Fontaine allemande, et marchez vers le sud. C'est la direction naturelle du parcours, et elle suit l'orientation approximative de l'ancienne spina. L'Obélisque de Théodose se présente en premier et mérite le plus de temps. Faites le tour complet du socle et lisez les sculptures en relief sur chaque face. La scène de la loge impériale sur la face ouest est la plus lisible. L'inscription en grec indique que l'obélisque fut érigé en 32 jours, ce que les ingénieurs d'aujourd'hui jugent remarquable compte tenu de son poids d'environ 200 à 260 tonnes.
La Colonne des Serpents se trouve directement derrière l'obélisque en continuant vers le sud. Elle est à un niveau inférieur à celui du sol, dans un petit creux qui reflète la différence de hauteur entre la surface de l'ancienne piste et la place actuelle. Faites-en le tour et observez les points de jonction entre les trois corps de serpents.
L'Obélisque muré, à l'extrémité sud, nécessite une courte marche supplémentaire. Il est moins photographié que l'obélisque égyptien, mais c'est lui qui donne le mieux la mesure de la longueur originelle de l'Hippodrome. En se plaçant entre les deux obélisques, on se retrouve approximativement au centre de ce qui était jadis une piste d'environ 450 mètres de long.
💡 Conseil local
Le palais d'Ibrahim Pacha, sur le côté ouest de la place, abrite le Musée des arts turcs et islamiques, l'une des collections les plus sous-visitées d'Istanbul. Il donne directement sur l'Hippodrome et vaut la peine d'être combiné à la même visite.
Si vous avez le temps après la place, la Citerne Basilique se trouve à cinq minutes à pied vers le nord-est et représente un tout autre registre du génie ingénieur byzantin. Les Musées d'archéologie d'Istanbul sont à dix minutes vers le nord-est et conservent, entre des milliers d'autres pièces, la tête de serpent manquante de la Colonne des Serpents.
Pour qui c'est fait (et pour qui ça ne l'est pas)
L'Hippodrome de Constantinople n'est pas un spectacle au sens conventionnel du terme. Il n'y a pas de portail d'entrée, pas d'audioguide, pas d'infrastructure muséale. La place est une piazza publique avec trois objets antiques, entourée de pigeons, de vendeurs de maïs et d'un flux constant de visiteurs qui passent entre la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie. Les visiteurs qui espèrent une reconstitution de l'époque romaine, ou même une signalétique explicative clairement indiquée, risquent d'être déçus.
Ce que l'Hippodrome offre, c'est une densité de signification historique qui récompense ceux qui arrivent préparés. Si vous savez en vous approchant que l'obélisque devant vous est plus ancien que l'Empire romain d'environ un millénaire, et que la colonne en bronze à côté se dressait à Delphes du temps de Socrate, la place devient l'un des endroits les plus remarquables du monde. Si vous arrivez sans contexte, elle se lit comme un agréable jardin entre deux célèbres mosquées.
Les enfants peuvent apprécier l'espace ouvert et l'échelle des monuments, mais l'expérience est avant tout intellectuelle que sensorielle. Les voyageurs à mobilité réduite trouveront la place entièrement plane et facile à parcourir : c'est un espace pavé ouvert, sans marches. Le site est pleinement accessible.
⚠️ À éviter
Des vols à la tire et des approches insistantes de vendeurs sont parfois signalés sur la place de Sultanahmet. Gardez vos sacs bien en main, déclinez poliment les propositions trop pressantes de vous servir de guide, et méfiez-vous de toute personne qui engage une conversation non sollicitée en vous recommandant un restaurant ou une boutique.
Conseils d'initiés
- Rendez-vous à l'extrémité sud de la place et regardez vers le nord en direction de la Mosquée Bleue. Ce point de vue inversé, avec les trois monuments alignés, donne la meilleure idée de la longueur originelle de l'Hippodrome et de sa géométrie axiale. La plupart des visiteurs ne font jamais ce court trajet.
- Le socle en marbre de l'Obélisque de Théodose comporte quatre panneaux en relief distincts, orientés vers chaque point cardinal. La face nord, souvent dans l'ombre, présente des scènes de courses de chars dans les détails les mieux conservés qui subsistent. Elle attire moins l'attention que la face ouest, mais vaut le détour.
- Le Musée des arts turcs et islamiques, installé dans le palais d'Ibrahim Pacha sur le côté ouest de la place, est inclus dans l'Istanbul Museum Pass et offre l'une des rares vues en hauteur sur l'Hippodrome depuis ses fenêtres supérieures.
- Si vous visitez en avril, le quartier de Sultanahmet accueille le Festival des tulipes d'Istanbul, avec des plantations tout autour de la place et dans les parcs alentour. Les obélisques encadrés de parterres de tulipes offrent des photographies saisissantes, sans aucun accès spécial nécessaire.
- Pour mieux appréhender le site avant votre visite, les Musées d'archéologie d'Istanbul conservent la tête en bronze du serpent de la Colonne des Serpents, retirée à une époque indéterminée de la période ottomane. Voir cette tête au musée puis se tenir à la base de la colonne rend le monument bien plus lisible.
À qui s'adresse Hippodrome de Constantinople ?
- Les visiteurs qui découvrent Istanbul pour la première fois et souhaitent comprendre l'histoire en couches de la ville en un seul endroit
- Les passionnés d'histoire et d'archéologie ayant des bases en histoire byzantine, romaine ou grecque antique
- Les photographes à la recherche de clichés tôt le matin, sans foule, devant des monuments antiques
- Les voyageurs qui combinent une demi-journée de balade sur la péninsule historique
- Les visiteurs à mobilité réduite qui recherchent un site historique de plein air, plat et entièrement accessible
Attractions à proximité
Autres choses à voir à Sultanahmet :
- Citerne Basilique
Construite par l'empereur Justinien Ier en 532 apr. J.-C., la Citerne Basilique est l'une des structures antiques les plus remarquables d'Istanbul. Descendez sous les rues de Sultanahmet dans un vaste réservoir souterrain, peuplé de colonnes, qui alimentait autrefois le palais impérial byzantin en eau. Peu d'endroits au monde dégagent une atmosphère comparable.
- Mosquée Bleue (Mosquée Sultan Ahmed)
La mosquée Sultan Ahmed, connue dans le monde entier sous le nom de Mosquée Bleue, est l'un des monuments les plus emblématiques d'Istanbul. Construite entre 1609 et 1616, elle reste un lieu de culte actif qui accueille les visiteurs non musulmans en dehors des heures de prière. Ce guide couvre tout ce dont vous avez besoin pour organiser une visite agréable et respectueuse.
- Parc de Gülhane
Le parc de Gülhane s'étend directement aux côtés du palais de Topkapı, à Sultanahmet, sur des terres qui constituaient le jardin extérieur privé de la cour ottomane pendant des siècles. Ouvert tous les jours, gratuit, et abritant l'un des monuments les plus anciens d'Istanbul, il réserve bien des surprises à qui prend le temps de s'y attarder.
- Sainte-Irène
Sainte-Irène (Aya İrini Müzesi) est la plus ancienne église encore debout à Istanbul, antérieure même à Sainte-Sophie. Lovée dans la première cour du palais de Topkapı, elle offre une rencontre rare avec l'architecture byzantine brute — non restaurée, dépouillée, et vieille de plusieurs siècles.