Île de Pellestrina : le bout oublié de Venise, entre lagune et mer
L'île de Pellestrina s'étire sur 11 kilomètres au sud de la lagune de Venise, séparant les eaux calmes de la lagune de l'Adriatique ouverte. Des filets de pêche sèchent devant des maisons aux teintes pastel, les Murazzi du XVIIIe siècle longent tout le front de mer, et les touristes de passage y sont rares. Voici à quoi ressemble Venise quand on s'éloigne du bruit.
En bref
- Emplacement
- Sud de la lagune de Venise, entre le Lido di Venezia et Chioggia, commune de Venise, Italie
- Accès
- Ligne ACTV 11 depuis Lido Santa Maria Elisabetta (bus + ferry pour voitures) jusqu'à Pellestrina ; des ferries ACTV distincts assurent la liaison depuis Piazza Vigo à Chioggia. Les vélos sont acceptés à bord.
- Temps nécessaire
- Une demi-journée à une journée complète ; davantage si vous parcourez toute la longueur de l'île à vélo
- Coût
- L'accès à l'île est gratuit. Transport avec un ticket ACTV (billet simple env. 9,50 €, pass 24 h env. 25 € en 2026 — à vérifier avant de partir)
- Idéal pour
- Les voyageurs qui aiment prendre leur temps, les cyclistes, les photographes, les amateurs de fruits de mer et tous ceux qui fuient les circuits touristiques classiques
- Site officiel
- www.visitlido.it/en/locations/pellestrina

Pellestrina, c'est quoi exactement ?
L'île de Pellestrina est une île-barrière étroite dans le sud de la lagune de Venise, qui s'étend sur environ 11 à 12 kilomètres du nord au sud. À son point le plus étroit, cette langue de terre mesure à peine 23 à 25 mètres de large. À son point le plus large, elle atteint environ 1,2 kilomètre. D'un côté, les eaux plates et miroitantes de la lagune. De l'autre, l'Adriatique. L'île fait techniquement partie de la commune de Venise, mais on se croirait dans un tout autre monde.
L'île compte quatre villages principaux : San Pietro in Volta, Portosecco, Sant'Antonio di Pellestrina et Pellestrina (le village central), avec les extrémités plus isolées de Santa Maria del Mare au nord et Ca' Roman à la pointe sud. Ce sont de véritables communautés de pêcheurs. Des filets colorés pendent sur de petits murs de pierre, de petites barques en bois sont amarrées dans les canaux côté lagune, et le rythme de la vie quotidienne suit les marées et la météo, pas les horaires des touristes.
Si vous avez déjà exploré le Lido di Venezia et que vous voulez aller plus au sud, Pellestrina est la suite logique. Mais contrairement au Lido, il n'y a ici ni grands hôtels, ni casino, ni glamour de festival de cinéma. Ce qu'on y trouve, c'est la tranquillité, une architecture à taille humaine, et l'une des réalisations d'ingénierie vénitienne les plus impressionnantes que vous puissiez longer à pied, gratuitement.
Les Murazzi : une digue qui mérite qu'on s'y arrête
L'élément physique le plus marquant du côté mer de Pellestrina, ce sont les Murazzi : une digue monumentale construite en pierre d'Istrie au XVIIIe siècle par la République de Venise. Les travaux sur le tronçon de Pellestrina ont débuté en 1744 et ont été en grande partie achevés en 1782, ce qui en fait l'un des derniers grands chantiers publics de la Sérénissime avant que la République ne tombe aux mains de Napoléon en 1797. L'objectif était vital : protéger la lagune de la force érosive des tempêtes adriatiques et empêcher les îles-barrières d'être grignotées par la mer.
La digue longe toute la façade maritime de Pellestrina et se prolonge vers la zone de Sottomarina, près de Chioggia. Marcher sur le sommet des Murazzi offre une double perspective saisissante : d'un côté, la mer ouverte et la plage ; de l'autre, la lagune immobile et, par temps clair, la silhouette basse de Venise au loin. La pierre d'Istrie elle-même — blanche et dense — est lisse sous les pieds dans les sections aménagées pour la promenade, mais plus rugueuse et érodée à mesure qu'on se rapproche du bord de l'eau.
💡 Conseil local
Parcourez les Murazzi en fin d'après-midi, quand la lumière vient de l'ouest et traverse la lagune. La combinaison de cette lumière chaude sur la pierre et de l'eau immobile de l'autre côté donne des photos exceptionnelles, sans personne dans le cadre.
L'île au fil de la journée
Le matin, Pellestrina appartient à ses habitants. Le ferry ACTV en provenance du Lido débarque des navetteurs, des écoliers et des véhicules de livraison. L'odeur de l'eau salée et du gazole du moteur se mêle au parfum du pain des boulangeries du village principal. Des chats sommeillent sur les pas de portes. Le canal côté lagune est calme, avec le reflet des maisons colorées presque parfaitement immobile à la surface de l'eau.
En milieu de matinée, les rares visiteurs qui ont fait le déplacement se dispersent rapidement le long de la route unique de l'île, si bien qu'on n'éprouve jamais cette sensation d'entassement qu'on connaît sur le vaporetto vers Murano ou Burano. Même en été, la rue principale du village de Pellestrina reste sans agitation. Les étals du marché aux poissons près du front de mer valent le coup d'œil avant qu'ils ne ferment, généralement en fin de matinée.
L'après-midi est encore plus silencieux. Quelques petites trattorias et osterias ouvrent pour le déjeuner, puis tirent leurs volets à demi fermés contre la chaleur de l'après-midi. La promenade des Murazzi devient l'attraction principale : les habitants promènent leurs chiens, les anciens s'assoient sur des bancs face à la mer, et le bruit de l'Adriatique contre la base de la digue de pierre tient lieu de fond sonore permanent. En été, la plage au pied des Murazzi est fréquentée par les locaux pour se baigner, même si elle ne dispose d'aucune infrastructure.
Venir en hiver, c'est une autre expérience : l'île se vide de presque tous ses visiteurs, le vent qui souffle depuis l'Adriatique peut être mordant, et la lagune prend une teinte grise et plate. L'atmosphère convient aux photographes et aux voyageurs qui aiment les rues désertes, mais l'acqua alta est possible, et la réduction des services signifie qu'il faut vérifier les horaires des ferries avec soin avant de partir.
⚠️ À éviter
Pellestrina offre très peu d'options pour se restaurer, et plusieurs petits restaurants ferment en semaine ou hors saison estivale. Ne comptez pas trouver à manger à n'importe quelle heure. Prévoyez de quoi vous sustenter ou confirmez qu'un restaurant est ouvert avant d'en faire la pierre angulaire de votre journée.
Comment y aller et se déplacer sur l'île
L'itinéraire le plus courant commence au Lido di Venezia. Depuis l'arrêt principal des vaporettos à Santa Maria Elisabetta, la ligne ACTV 11 descend vers le sud en combinant bus et ferry pour voitures, traversant l'inlet d'Alberoni avant de rejoindre Pellestrina. Le temps de trajet varie selon les correspondances, mais comptez environ 30 à 40 minutes du Lido jusqu'à la pointe nord de Pellestrina.
On peut aussi arriver par le sud : des ferries et vaporettos ACTV relient également Pellestrina à Chioggia, avec des bateaux au départ de Piazza Vigo à Chioggia. Cela permet un circuit logique : arriver par le Lido, traverser toute la longueur de l'île, puis rejoindre Chioggia pour rentrer à Venise en bus ou en bateau. Cet itinéraire demande un peu plus d'organisation, mais il offre la satisfaction de longer véritablement le bord de la lagune plutôt que de faire l'aller-retour.
L'île est en pratique sans voiture pour les visiteurs, ce qui fait du vélo le meilleur moyen d'en parcourir la longueur. Les bicyclettes peuvent être transportées sur le ferry ACTV. Si vous souhaitez combiner cette visite avec une exploration plus large du sud de la lagune et de ses îles, le guide sur les îles de la lagune de Venise détaille la logistique des journées multi-îles.
ℹ️ Bon à savoir
Les tarifs et les horaires ACTV changent selon les saisons. Un ticket vaporetto simple était d'environ 9,50 € et un pass 24 h d'environ 25 € en 2026, mais vérifiez les tarifs en vigueur sur le site de l'ACTV ou aux guichets avant de voyager. Si vous prévoyez d'utiliser les vaporettos sur plusieurs jours à Venise, un pass multi-jours couvre généralement aussi les lignes desservant Pellestrina.
Ce que vous verrez concrètement : un tour pratique de l'île
En arrivant à San Pietro in Volta au nord, la première impression est celle d'une échelle domestique très resserrée. Les maisons se pressent contre le chemin de front de mer. La fondamenta côté lagune est étroite — parfois assez large pour deux personnes tout au plus. De petites barques de pêche sont amarrées directement devant les habitations, reliées à elles par de courtes passerelles en bois. Les couleurs des maisons, sans être aussi vives qu'à Burano, forment une palette locale bien reconnaissable : ocre, terre cuite, bleu pâle et blanc, avec des volets aux tons contrastés.
En continuant vers le sud à travers Portosecco en direction du village principal de Pellestrina, la route s'élargit légèrement et la localité révèle une rue commerçante modeste avec quelques bars, une pharmacie, une église et quelques restaurants. L'église des Santi Pietro e Paolo du village principal remonte à plusieurs siècles ; c'est un exemple simple de l'architecture religieuse de la lagune vénitienne, bâtie pour une communauté de pêcheurs et non pour l'apparat.
Au sud du village principal, l'île se rétrécit et le bâti cède la place à des espaces plus ouverts. La réserve naturelle de Ca' Roman, à la pointe sud, est une zone protégée de dunes, de pins et de rivage qui sert de terrain de nidification à plusieurs espèces d'oiseaux. L'accès à la réserve peut être restreint pendant la saison de nidification ; renseignez-vous sur place avant de prévoir une promenade jusqu'à l'extrémité sud de l'île.
Pellestrina ne compte ni grand musée ni attraction payante. Ce qu'on y vit, c'est marcher, pédaler, contempler la lagune et manger des fruits de mer. Si vous cherchez une concentration de sites culturels, ce n'est pas la bonne excursion. Pour cela, les meilleurs musées de Venise offrent bien plus de densité culturelle par heure passée.
La table, les fruits de mer et ce à quoi s'attendre
La meilleure raison de manger à Pellestrina plutôt qu'à Venise, c'est que les fruits de mer y sont véritablement locaux. Les pêcheurs de l'île travaillent la lagune et l'Adriatique, et les petits restaurants familiaux servent ce qui a été pêché le matin même. Au menu : les moleche (crabes à carapace molle, en saison au printemps et en automne), des palourdes fraîches, du poisson grillé préparé simplement. La cuisine n'est pas élaborée. Elle n'a pas besoin de l'être.
Les prix dans ces trattorias sont nettement inférieurs à ceux des restaurants de fruits de mer comparables dans le centre de Venise. Ce n'est pas toujours le cas sur les îles de la lagune : certaines adresses de Burano, par exemple, ont revu leurs tarifs à la hausse pour coller aux attentes des touristes. Pellestrina accueille moins de visiteurs et davantage de locaux attablés aux mêmes tables, ce qui maintient les choses honnêtes. Pour en savoir plus sur les habitudes culinaires vénitiennes et ce qu'il faut chercher sur un menu, le guide gastronomique de Venise passe en revue les spécialités régionales en détail.
Ça vaut le coup ?
Pellestrina récompense un type de voyageur bien précis. Si votre objectif est de ressentir ce qu'est vraiment la lagune de Venise au-delà de l'infrastructure touristique, de marcher quelque part qui n'a pas été aménagé pour votre visite, et de passer quelques heures dans un endroit où les seuls sons sont l'eau et le vent, cette île tient ses promesses. Les Murazzi à eux seuls valent le déplacement pour quiconque s'intéresse à l'ingénierie historique ou simplement à la belle pierre taillée au bord de la mer.
Mais si vous êtes à Venise pour deux ou trois jours seulement et que vous avez une liste de sites majeurs à couvrir, Pellestrina vous semblera probablement être un long voyage pour un résultat limité. L'itinéraire Venise en 2 jours est clair là-dessus : l'île convient mieux aux voyageurs qui ont déjà vu l'essentiel de Venise et veulent quelque chose de plus lent. Elle ne remplace pas l'Accademia, la Basilique dei Frari ou la Piazza San Marco. C'est ce qu'on fait quand on a plus de temps ou des priorités différentes.
Les visiteurs qui ont du mal avec les surfaces irrégulières ou les longues distances à pied noteront que les chemins côté lagune peuvent être étroits et usés, et que la promenade des Murazzi comporte des passages en pierre inégale. Les ferries ACTV acceptent les véhicules, ce qui peut faciliter l'accès pour certains visiteurs, mais les informations détaillées sur l'accessibilité sans marches ne sont pas confirmées publiquement et doivent être vérifiées directement auprès de l'ACTV avant de partir.
Conseils d'initiés
- Embarquez votre vélo sur le ferry depuis le Lido. La route unique de l'île court sur presque 11 kilomètres en terrain parfaitement plat — idéal pour tout couvrir sans avoir à revenir sur ses pas à pied.
- La lumière est à son meilleur le matin côté lagune : le soleil vient de l'est et frappe directement les façades des maisons. En après-midi, ce côté passe à l'ombre, tandis que les Murazzi et le côté mer sont alors bien éclairés.
- Si vous comptez déjeuner sur l'île, appelez à l'avance ou vérifiez qu'un restaurant est bien ouvert avant d'organiser votre journée autour du repas. Plusieurs adresses familiales ont des horaires irréguliers hors saison estivale et ferment complètement en hiver.
- La réserve naturelle de Ca' Roman, à la pointe sud, est soumise à des restrictions d'accès pendant la période de nidification. Si vous prévoyez d'aller jusqu'au bout de l'île, renseignez-vous sur place le jour même pour savoir si le chemin de la réserve est accessible.
- En arrivant depuis Chioggia plutôt que depuis le Lido, vous embarquez à Piazza Vigo et remontez l'île vers le nord. C'est un itinéraire moins fréquenté qui évite de repasser par le même chemin si vous souhaitez visiter Chioggia ensuite — une ville qui mérite bien une heure à elle seule.
À qui s'adresse Île de Pellestrina ?
- Les cyclistes en quête d'un itinéraire plat et pittoresque le long de la lagune, sans circulation
- Les voyageurs en séjour prolongé à Venise qui veulent s'échapper du circuit touristique pour une demi-journée
- Les amateurs de gastronomie à la recherche de vrais fruits de mer locaux à des prix locaux
- Les photographes attirés par les textures des villages de pêcheurs, les digues de pierre et la lumière de la lagune
- Ceux qui s'intéressent à l'ingénierie hydraulique vénitienne et aux Murazzi du XVIIIe siècle
Attractions à proximité
Combinez votre visite avec :
- Île de Burano
À huit ou neuf kilomètres au nord de Venise, l'île de Burano est un îlot plat et compact d'environ 21 hectares où les maisons de pêcheurs arborent des rouges, des jaunes et des bleus éclatants. Elle possède une véritable tradition dentellière remontant au XVIe siècle, et la traversée en vaporetto de 40 minutes est déjà en soi une partie de l'expérience.
- Chiesa del Redentore
Construite en 1577 comme ex-voto après une peste dévastatrice, la Chiesa del Santissimo Redentore est la plus belle église d'Andrea Palladio à Venise. Dressée sur l'île de la Giudecca face au Dorsoduro, elle offre des intérieurs sereins, d'importantes peintures de la Renaissance et l'une des façades les plus saisissantes de l'architecture italienne.
- Chioggia
Chioggia est une ancienne ville de pêcheurs à l'entrée sud de la lagune de Venise, bâtie sur un chapelet de petites îles reliées par des ponts et traversées par des canaux. Contrairement à Venise, c'est une communauté vivante et laborieuse, et cette différence façonne chaque aspect d'une visite.
- Île de la Giudecca
L'île de la Giudecca se trouve à quelques minutes du cœur de Venise, mais donne l'impression d'être dans une ville totalement différente. Plate, accessible à pied et libre d'accès, elle réserve aux visiteurs une architecture palladienne, des promenades au bord de l'eau et un aperçu de la vie vénitienne authentique.