Certosa di San Martino : le monastère baroque de Naples au-dessus de la baie
Perchée sur la colline du Vomero, la Certosa di San Martino est un monastère chartreux du XIVe siècle devenu l'un des musées les plus remarquables du sud de l'Italie. Entre son église dorée, ses cloîtres apaisants et une terrasse qui embrasse le panorama du Vésuve à Capri, le site mérite bien plus d'attention que la plupart des visiteurs ne lui en accordent.
En bref
- Emplacement
- Largo San Martino 5, colline du Vomero, Naples
- Accès
- Métro ligne 1 jusqu'à Vanvitelli, ou funiculaire depuis Montesanto ou Centrale/Chiaia ; puis une courte montée à pied
- Temps nécessaire
- 2 à 3 heures pour une visite complète ; 1 heure minimum pour l'église, le grand cloître et la terrasse
- Coût
- 12 € plein tarif ; 2 € tarif réduit. Fermé le mercredi, le 25 décembre et le 1er janvier. Ouvert jeu–mar 8h30–19h30 (vérifiez les horaires avant votre visite)
- Idéal pour
- Les amateurs d'art et d'histoire, et tous ceux qui cherchent le plus beau panorama de Naples avec une vraie profondeur culturelle en prime

Ce qu'est vraiment la Certosa di San Martino
La Certosa di San Martino est un ancien monastère chartreux qui occupe le bord occidental de la colline du Vomero, partageant son promontoire rocheux avec le Castel Sant'Elmo. Son nom officiel actuel est Certosa e Museo Nazionale di San Martino, et il fonctionne comme un grand musée d'État géré par le ministère italien de la Culture. Depuis les rues de la ville en contrebas, le complexe est à peine visible — on n'aperçoit que la paroi abrupte de tuf. Depuis la terrasse intérieure, en revanche, toute la baie de Naples s'étend à vos pieds.
Fondé en 1325 par Carlo di Calabria, fils du roi Robert d'Anjou, le monastère était à l'origine une construction gothique. Au fil des deux siècles suivants, il s'est considérablement agrandi, et au début du XVIIe siècle, il subissait une transformation quasi totale sous la direction de l'architecte et sculpteur Cosimo Fanzago, qui lui a conféré son caractère baroque marqué à partir de 1623. Il en résulte un intérieur d'église d'une richesse presque théâtrale : sols en marqueterie de marbre, fresques au plafond, autels chargés de sculptures et une sacristie qui fait office de petite galerie à elle seule.
Lorsque l'ordre des Chartreux fut supprimé en 1866 à la suite de l'unification italienne, l'État transforma le complexe en musée national. Aujourd'hui, le musée s'étend sur une centaine de salles et trois cloîtres distincts, retraçant l'histoire du royaume de Naples à travers peintures, sculptures, arts décoratifs, cartes, maquettes navales et la plus belle collection de crèches (presepi) au monde.
L'église : le baroque dans toute son intensité
L'église San Martino est le joyau du complexe, et elle produit un effet bien différent de celui d'une église baroque napolitaine ordinaire. L'espace n'était pas une contrainte ici : les Chartreux disposaient d'argent, de terrain et de temps. La nef est large, les chapelles profondes, et chaque surface porte une décoration intentionnelle. Le travail de marqueterie en marbre sur le sol et les parois basses est d'une précision et d'une finesse telles qu'on croirait presque une peinture. En levant les yeux, on découvre des fresques au plafond de Giovanni Lanfranco et Battistello Caracciolo, deux artistes qui ont façonné la peinture napolitaine dans la première moitié du XVIIe siècle.
La sacristie abrite l'un des cycles de marqueterie les plus extraordinaires d'Italie : des armoires en bois incrustées de paysages, de scènes architecturales et de détails botaniques que des artisans ont mis des décennies à réaliser. C'est le genre d'œuvre qui se photographie mal et qui réclame qu'on la contemple lentement, en vrai. Prenez vos lunettes de lecture si le détail compte pour vous.
💡 Conseil local
L'église se trouve dans la zone du musée à accès payant. Contrairement à beaucoup d'églises napolitaines, l'entrée n'est pas libre. Prévoyez du temps spécifiquement pour la sacristie — la plupart des visiteurs la traversent trop vite.
La Certosa conserve une toile qui mérite une mention à part : une grande œuvre d'influence caravagesque, témoignage de l'effet sismique que l'artiste a eu sur les peintres napolitains après ses deux séjours dans la ville au début des années 1600. Pour comprendre l'impact de Caravage sur Naples dans son ensemble, le guide Caravage à Naples passe en revue les œuvres majeures réparties dans plusieurs lieux de la ville.
Les cloîtres : trois univers au sein d'un même ensemble
Le monastère compte trois cloîtres de dimensions et de fonctions différentes. Le Chiostro Grande, le Grand Cloître, est celui qui reste gravé dans les mémoires. Conçu par Fanzago, il est entouré de 64 arcades et bordé d'une balustrade ornée de crânes et de têtes de moines sculptés dans le marbre — un memento mori que les Chartreux jugeaient tout à fait approprié pour une vie consacrée à la contemplation. La pelouse intérieure est impeccable, les proportions généreuses, et le bruit de la ville pénètre à peine. Par un matin ensoleillé, la lumière tombe sur les arcades en longues diagonales.
Le Chiostro dei Procuratori est plus petit et d'un caractère plus ancien, tandis que le Chiostro del Priore s'ouvre sur la célèbre terrasse exposée au sud. Chacun possède sa propre atmosphère. La progression de l'un à l'autre donne la mesure de ce que représentait le monastère en tant que monde autonome, avec ses espaces dédiés à la prière, à l'administration, à l'accueil et à la retraite spirituelle.
Les jardins attenants au cloître du prieur descendent en terrasses vers le bord de la falaise. Ils ne sont pas toujours entièrement accessibles et le terrain est irrégulier : marches en pierre usées, rebords bas et chemins étroits rendent certaines sections difficiles pour les personnes à mobilité réduite. Contactez directement le musée au +39 081 229 4503 avant votre visite si l'accessibilité est un enjeu pour vous.
Les collections du musée : bien plus qu'un décor
Le Museo Nazionale di San Martino abrite des collections qui justifieraient à elles seules une institution indépendante. La pièce maîtresse est sans conteste la crèche Cuciniello, un presepe napolitain du XVIIIe siècle déployé sur un paysage sculpté grand à peu près comme une table de salle à manger, peuplé de centaines de figurines en terre cuite réalisées individuellement. Les crèches napolitaines sont un art à part entière, et non une simple curiosité populaire, et cet exemple illustre parfaitement pourquoi. Les visages des figurines sont modelés un par un ; les aliments des étals du marché sont botaniquement fidèles à la réalité ; le paysage inclut un volcan au loin, manifestement inspiré du Vésuve.
Au-delà de la crèche, les galeries de peinture du musée retracent cinq siècles d'art napolitain, de la période angevine jusqu'au XIXe siècle. Des salles sont consacrées à l'histoire du royaume des Bourbons, d'autres au costume de scène et à l'histoire de l'opéra liée au Teatro San Carlo, ainsi qu'une collection de cartes et gravures historiques montrant Naples avant que les démolitions du XIXe siècle ne reconfigurent le centre-ville. Ces cartes à elles seules valent 20 minutes d'attention.
Une section est consacrée à l'histoire de la marine napolitaine, avec maquettes de navires, cartes et instruments de navigation. Le sujet est pointu, mais la présentation est soignée, et elle ancre les collections du musée dans l'identité maritime profonde de la ville — ce que les peintures seules ne parviennent pas à transmettre.
La terrasse : ce que l'on voit vraiment depuis là-haut
La terrasse exposée au sud, accessible depuis le Chiostro del Priore, offre ce que beaucoup de visiteurs viennent spécialement voir. Le regard embrasse tout l'arc de la baie de Naples : en contrebas directement, le Castel dell'Ovo sur son îlot, puis le front de mer, Mergellina au second plan et la péninsule de Posillipo qui s'incurve vers l'ouest. Par temps clair, Capri se dessine à l'horizon comme une longue arête sombre au-dessus de la mer. À l'est, le Vésuve se dresse au-dessus du port et des faubourgs plats. La ville elle-même se déploie en contrebas dans des teintes d'ocre, de terre cuite et de gris.
💡 Conseil local
La lumière matinale (8h30–10h30) frappe la baie depuis l'est et offre les meilleures conditions pour la photographie. En plein été, la brume sur l'eau peut considérablement aplatir le panorama dès la mi-journée. En fin d'après-midi, en automne et en hiver, la visibilité est souvent au plus net et les couleurs les plus intenses.
C'est l'un des plus beaux belvédères de la ville, comparable à la vue depuis le Castel Sant'Elmo voisin — à la différence que la terrasse de la Certosa s'inscrit dans un cadre de jardin plutôt que sur les murs bruts d'une forteresse. Pour comparer les différents points de vue en hauteur sur Naples, le guide des plus belles vues de Naples passe en revue les meilleures options.
La terrasse peut se révéler vraiment paisible dans la première heure après l'ouverture, avant l'arrivée des groupes. En fin de matinée le week-end, elle se remplit vite. Si vous souhaitez photographier sans passants dans le cadre, arrivez à l'ouverture ou venez en semaine l'après-midi, quand la lumière est encore exploitable.
Comment y accéder et informations pratiques
La Certosa est perchée sur la colline du Vomero et nécessite une montée quelle que soit la façon dont vous l'abordez. La solution la plus simple est le funiculaire : soit le Funicolare di Montesanto depuis la station Montesanto dans le quartier des Quartieri Spagnoli, soit le Funicolare Centrale depuis les abords de la Via Toledo — les deux rejoignent le Vomero en quelques minutes. Depuis les stations de funiculaire du Vomero, comptez environ 10 à 15 minutes de marche dans des rues résidentielles pour atteindre la Certosa. Les panneaux indicateurs existent mais ne sont pas toujours bien visibles ; utilisez l'adresse Largo San Martino 5 dans une application de navigation.
La ligne 1 du métro s'arrête à Vanvitelli, également dans le quartier du Vomero, à une distance de marche comparable. Le funiculaire de Naples reste l'option la plus agréable et la plus efficace pour la majorité des visiteurs venant du centre historique ou du front de mer.
L'entrée est à 12 € plein tarif et 2 € tarif réduit selon les derniers tarifs vérifiés (environ 2023–2024). Le musée est ouvert du jeudi au mardi de 8h30 à 19h30, avec une dernière entrée avant la fermeture. Il est fermé le mercredi, le 25 décembre et le 1er janvier. Les horaires des musées d'État italiens peuvent varier selon les saisons ou lors d'événements particuliers : confirmez sur le site officiel Cultura.gov.it avant de vous déplacer. Le numéro pour les renseignements directs est le +39 081 229 4503.
⚠️ À éviter
Les horaires indiqués par diverses sources tierces pour la Certosa di San Martino varient considérablement. Certaines mentionnent une fermeture à 16h ou 17h ; la fiche officielle indique 19h30. Vérifiez toujours directement ou via Cultura.gov.it avant votre visite.
Portez des chaussures confortables à semelles antidérapantes. L'intérieur mêle salles de musée planes, cloîtres en pierre, sols d'église carrelés (parfois lustrés), et allées de jardin en terrasses sur terrain incliné. Le site n'est pas idéal pour les poussettes ou les fauteuils roulants dans les parties jardin, même si les salles principales du musée sont généralement accessibles.
Pour qui ce site est-il fait — et pour qui moins ?
La Certosa récompense les visiteurs qui avancent lentement et regardent attentivement. Si ce qui vous intéresse avant tout, c'est un panorama saisissant sans effort particulier, le Castel Sant'Elmo voisin offre la vue plus rapidement et avec un circuit plus simple. La Certosa s'adresse à ceux qui veulent le panorama plus plusieurs heures de contenu culturel sérieux : architecture baroque, peinture, arts décoratifs et collections historiques qui éclairent réellement l'histoire napolitaine.
Les visiteurs qui arrivent après avoir déjà passé du temps au Musée archéologique national de Naples trouveront dans la Certosa un complément idéal : l'un se concentre sur le monde antique, l'autre sur les périodes bourbonienne et vice-royale. Ensemble, ils couvrent le long arc de l'histoire de la ville.
Les enfants de moins d'une dizaine d'années auront vraisemblablement du mal à soutenir le rythme et à s'intéresser au contenu tout au long d'une visite complète. La salle des crèches capte généralement leur attention ; les galeries de peinture et les salles d'arts décoratifs beaucoup moins. Si vous visitez Naples avec de jeunes enfants, prévoyez plutôt une heure ici que deux ou trois, ou gardez ce site pour un moment où les enfants sont occupés ailleurs.
Conseils d'initiés
- Arrivez dans les 30 minutes suivant l'ouverture en semaine pour profiter du Grand Cloître presque seul. Le silence qui y règne tôt le matin est une expérience que la plupart des visiteurs ne connaîtront jamais.
- La collection de crèches est exposée dans une lumière volontairement tamisée pour protéger les matériaux. Laissez vos yeux s'adapter avant de parcourir la salle, et prenez le temps de vous attarder sur la crèche Cuciniello — le soin apporté à chaque figurine mérite une observation attentive.
- Le Castel Sant'Elmo partage le même promontoire et dispose d'un billet séparé. Combiner les deux en une seule journée est judicieux, et le contraste entre les intérieurs ornés du monastère et l'architecture militaire austère de la forteresse est vraiment saisissant. Achetez les billets séparément à chaque entrée.
- La boutique du musée propose une sélection de livres d'histoire de l'art bien au-dessus de la moyenne, avec notamment des ouvrages sur la peinture napolitaine difficiles à trouver ailleurs. Si cette période de l'art italien vous intéresse, prévoyez du temps pour y flâner avant de repartir.
- Par temps couvert en automne et en hiver, la vue depuis la terrasse peut se révéler encore plus spectaculaire qu'en plein été : les nuages bas se déchirent au-dessus du Vésuve, la mer vire au gris ardoise et les couleurs de la ville gagnent en intensité. N'écartez surtout pas la Certosa sous prétexte qu'il fait gris.
À qui s'adresse Certosa di San Martino ?
- Les passionnés d'art et d'architecture qui souhaitent comprendre le baroque napolitain
- Les voyageurs en quête d'un point de vue panoramique avec une vraie substance culturelle au-delà du simple paysage
- Ceux qui s'intéressent à l'histoire de Naples, de la période médiévale jusqu'au XIXe siècle
- Les visiteurs qui veulent une alternative plus calme et moins fréquentée aux sites les plus courus de la ville
- Les photographes à la recherche de la meilleure lumière matinale sur la baie de Naples
Attractions à proximité
Autres choses à voir à Vomero :
- Castel Sant'Elmo
Perché sur la colline du Vomero, le Castel Sant'Elmo est une forteresse médiévale en forme d'étoile taillée dans le tuf volcanique, offrant certains des panoramas les plus complets de Naples. Pour une poignée d'euros, vous accédez à des remparts anciens, un musée d'art contemporain et une vue dégagée sur le Vésuve dominant la baie.
- Funiculaires de Naples
Naples intègre quatre funiculaires historiques à son réseau de transport public quotidien, reliant le front de mer et le centre historique au quartier perché de Vomero. Le prix du trajet est le même que celui d'un bus, et les vues offertes passent complètement inaperçues aux yeux de la plupart des visiteurs.
- Villa Floridiana & Musée Duca di Martina
Perchée sur la colline du Vomero, la Villa Floridiana associe un parc néoclassique gratuit à un musée de céramiques de premier ordre abritant plus de 6 000 pièces. C'est l'un des rares endroits à Naples où l'on peut s'asseoir face à la baie sans se battre contre la foule.